Ahmed Khalidi - Je voulais voir du pays

Par Marie Christine Girod

Ahmed KhalidiAhmed Khalidi, souvent vêtu d’une blouse bleue – mais pas toujours – arpente avec l’élégance du savoir-être tout l’IRTS. Il en connaît tous les recoins, tuyaux, circuits électriques… bricoleur hors pair, il a son trésor de vis, tiges métalliques, ampoules… bien gardées, au cas où... Toujours prêt à rendre service, un mot gentil en passant, un sourire qui fait du bien… et qui va nous manquer.
C’est fin décembre 2014 qu’il est parti, pour une retraite pleine de projets. Je pense voyages, avec mon épouse, oui… j’ai vu à peu près pratiquement tout de l’Europe sauf la Russie. Je voulais aller au Moyen-Orient : la Turquie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Liban, la Syrie… mais c’est pas évident maintenant d’y aller… Après petit à petit aller visiter l’Asie… La Chine, il la connait déjà, il est allé voir son fils qui y réside.

36 années déjà, sur le site de Neuilly-sur-Marne. Ca fait une trotte…

Je suis arrivé à l’IRTS en 1978, au mois de juillet. A l’époque c’était l’Institut Georges Heuyer géré par le CREAI Ile-de-France. J’y intervenais de temps en temps. Monsieur Brûlé qui était à l’entretien partait à la retraite. Il m’a proposé de travailler à plein temps. J’habitais Paris où j’étais bien, je travaillais et tout... On m’a fait visiter les bâtiments, il y avait un logement… Forcément j’ai accepté, j’ai dit d’accord, y’a pas de problème. Et c’était parti !
Je vais regretter quand même les collègues. C’est vrai que l’ambiance a changé par rapport à avant, où on était soudés, une vraie équipe, un seul groupe… Mais il y a des liens solides avec certaines personnes. Je ne pars pas loin, donc de temps en temps je viendrai faire un tour.

Quitter son pays

Son certificat d’études, le Brevet en poche, Ahmed Khalidi a 18 ans lorsqu’il prend le bateau à Casablanca – Maroc – pour Marseille. Ah, c’est la jeunesse. Je quitte le Maroc parce que je voulais visiter les pays. J’ai quitté ma mère qui pleurait, elle ne voulait pas que je quitte la maison. Il y avait des gens qui voulaient partir, alors je suis parti avec eux. On s’en foutait. On avait économisé, emprunté…
Ahmed Khalidi arrive en Corse. C’est l’été, ouvrier agricole, c’est pour les 2 mois de vendanges. Puis ce sera retour sur le continent, Marseille, puis Saint-Etienne de 1970 à 1972 où il connait des gens et se mariera, puis Paris en 1973. Et depuis, je suis là, je ne suis retourné au Maroc que 14 mois après mon arrivée en Corse, juste pour les vacances, voir la famille…

A Saint-Etienne, j’ai travaillé aux Aciéries du Furan. On coulait de l’acier. C’est un peu dur, chaud... Après, j’ai changé, j’ai trouvé un travail chez Luchaire. C’est une usine où ils fabriquaient des pièces métalliques. Au bout d’un an, j’ai dit "j’en veux plus" et je suis monté sur Paris.
J’ai fait quelques boulots. J’ai travaillé dans des entreprises de nettoyage. J’ai fait des formations, j’ai commencé l’électricité, la plomberie, le chauffage… J’ai eu un CAP mécanicien auto mais je n’ai pas continué, ça ne m’a pas plu. Dans les garages ils te donnent que ce qu’ils ne veulent pas faire, démonter les pneus, laver le moteur, démonter les pièces, les laver… et puis tu es dans le cambouis jusqu’au soir…

Après avoir été le gérant d’une ferme qu’il quitte lorsque le propriétaire l’a vendue, le père d’Ahmed Khalidi monte son épicerie, loue des champs et cultive du blé, du maïs... Sa mère est au foyer, elle s’occupera des 8 enfants. Ahmed, puis son frère ainé et 2 de ses sœurs quitteront successivement le Maroc pour s’installer en Europe.
Quand il y avait encore mes parents, j’envoyais de l’argent… aussi pour les frères. Je ne me privais pas, j’envoyais ce que je pouvais, c’est tout. Jusqu’en 1970, j’étais célibataire, un peu de dépenses inutiles, il y en a : les bars, les cigarettes… A l’époque, le changement de pays a été facile, scolarisé en français et en arabe, il vit bien, une fois sorti du travail, les cafés, l’ambiance… on oublie vite.

Ahmed Khalidi a la double nationalité. J’ai fait la première demande de naturalisation en 1980 je crois et puis je n’ai pas fourni les pièces demandées et j’ai trainé, trainé, jusqu’en 1995 ou 1996.
Mon idée quand je suis arrivé en France, c’était “je ne reste pas longtemps et je rentre”. Et une fois mis les pieds dans le plat c’est cuit… je me suis marié, il y a eu les enfants, l’école… Je ne vais pas les sortir de l’école pour les emmener là-bas… qu’est-ce qu’ils vont faire après.
Ma vie elle est faite ici, donc je reste.

Un peu travailleur social, finalement…

Ma femme au début avait un agrément d’assistante maternelle et puis elle a eu celui d’assistante familiale. Nous accueillons 2 enfants, 2 garçons placés par le placement familial. Les parents… c’est difficile de parler de ce genre de choses…
Quand Alexandre est arrivé, il avait 3 ans, il m’appelait papy. Il a 14 ans maintenant... Alvin est arrivé chez nous il y aura bientôt 4 ans, il était un peu plus âgé qu’Alexandre lorsqu’il est arrivé.

C’est dans notre culture, dans notre mode de vie. Il faut aider ceux qui peuvent pas ou ceux qui n’ont pas les moyens, ceux pour qui c’est dur. Il y a quand même l’amour, il y a quand même un peu de… je ne sais pas… transmission… de les accompagner jusqu’à leur majorité. Après, après ils se débrouillent, ils vont faire comme nos enfants arrivés à l’âge adulte.

Une leçon de vie

Ahmed Khalidi a 65 ans. Et si on lui demande quelle est sa recette pour rester aussi jeune ? Je n’en sais rien mais je ne pense pas trop. Je ne garde pas ce qui est en surplus. Ce qui ne sert à rien je ne le garde pas. J’efface tout ce qui ne va pas, tout ce qui ne vaut rien, je laisse ça de côté. Je ne garde que les bonnes choses, je me nourris des bonnes choses.
Et puis je me suis trouvé dans l’Institut entouré de différentes personnes, de différentes classes, de différentes catégories, de différents niveaux, c’est enrichissant. En même temps je me suis construit moi aussi… Alors essayer de rester jeune ou pas jeune, je ne sais pas. Mais moi, dans la tête en tous cas, je ne me considère pas vieux.

Photos - ©Marie Christine Girod – IRTS 2014


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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.

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