Départ à la retraite de Jean Christophe Panas

Par Marie Christine Girod

Après 15 ans de présence, quitter l’IRTS ne fait pas particulièrement peur à Jean Christophe Panas. S’il n’a aucune idée de ce que sera cette nouveauté, l’important pour lui est qu’il faut laisser la place aux jeunes…
Ça n’est pas l’heure du bilan, même si, à 61 ans, je quitte ma fonction de Directeur général de l’IRTS non pas pour un nouveau poste, mais pour de "l’inconnu, du rien"... Je n’ai pas eu le sentiment de travailler dans ma vie, alors globalement je me dis que j’arrêterai vers 90 ans, si tout va bien. Or, si je me réfère à 1982, je n’avais pas commencé mon DSTS, en 29 ans il peut encore se passer beaucoup de choses…
Néanmoins, il a plusieurs cordes à son arc.
La photo est une passion. L’iconographie du site Internet de l’IRTS lui doit beaucoup, plusieurs expositions ont vu le jour et Jean Christophe Panas est un passionné des technologies numériques…
C’est aussi à 33 ans, alors qu’il est chef de service éducatif en IME, que Jean Christophe Panas s’inscrit à l’école de musique. Il se met au violon. J’ai appris le piano et l’orgue quand j’étais petit, avec une prof qui sentait le café au lait et qui désespérait de mon peu d’entrain… Tout cela m’a dégoûté pendant longtemps de la musique. Le café est sa madeleine en quelque sorte... S’il ne se produit pas en public, c’est qu’il estime que c’est un plaisir qui est tenu par une espèce d’éthique, que c’est une question d’éducation et que lorsque l’on n’a pas le niveau, il vaut mieux s’abstenir. Son regret toutefois, est de ne pas avoir pu entretenir cela avec régularité, avec méthode… tu n’improvises pas… mais je vais pouvoir m’en occuper à la retraite, entre jardin, bricolage, canoë…

A l’âge de 11 ans, je voulais être Directeur d’une école

Au début des années soixante, Jean Christophe Panas est interne au Petit séminaire à Chartres. Les repas se prennent en silence, un grand de terminale lit à la chair un roman d’aventure. Ainsi qu’il est d’usage, la lecture se fait d’une manière calme et monocorde ; l’époque est à la psalmodie. Et puis un jour, l’un d’entre eux s’est amusé à mettre le ton. Il y a eu le coup de sonnette. L’élève a été renvoyé de l’école. Jean Christophe Panas est témoin d’une autre exclusion. Il est concerné par l’événement qui a eu lieu, mais lui ne sera pas renvoyé, ses parents sont des bourgeois… Là, du coup je me suis dit que ce n’est pas comme ça que ça doit marcher… et que moi, un jour, je dirigerai une école comme celle-ci…
Et puis vers 13 ans, j’ai voulu être éducateur. Une bonne névrose de base sur l’injustice sociale
. De ce point de vue là, la question de l’injustice sera une constante.

Trente ans plus tard, le temps lui donne raison. En 1996, que Jean Christophe Panas devient Directeur d’ISIS-CREAI – l’actuel site de Neuilly-sur-Marne – puis Directeur général adjoint et pour terminer, Directeur général de l’IRTS.

Ce qu’il retient de cette expérience, c’est d’abord l’institution.
L’IRTS est un établissement qui est très attaché à se concevoir comme une institution. Elle a une identité propre. De ce côté-là c’est passionnant…. Il faut réussir à s’intégrer, ne pas penser individuel, sinon on passe à côté de l’essentiel. C’est le Directeur général qui impulse l’esprit collectif… tu dépends des autres pour pouvoir travailler. Si j’avais un conseil à donner, c’est celui de cultiver cet esprit d’institution.
L’institution c’est des personnes qui croient à leurs intérêts personnels et aux intérêts collectifs, tout cela fédéré par des idées-clés. Les délégations du personnel ont un rôle important ; on voit le souci que chaque salarié puisse jouir du même traitement, quelque soit sa position hiérarchique. On voit aussi les autres particularités : l’accroche de l’Université, la transversalité... c’est ce qui fait le succès de l’IRTS. Quand je suis à l’extérieur, ces valeurs ne sont pas toujours d’équerre avec le secteur, qui raisonne plutôt en termes de champs. C’est au Directeur général, d’essayer de faire interaction entre les deux…

Et puis il y a eu des grands moments de bonheur, beaucoup de sentiments aussi. Avec les étudiants, c’est lorsqu’ils arrivent à comprendre ce qu’ils ne pouvaient pas avant, j’adore faire cours… Ou lors des très bons résultats à l’examen des assistants de service social, comme si c’était moi qui les avais formés… la naissance d’enfant d’étudiant, c’est émouvant… les grandes fêtes à Neuilly-sur-Marne… Ça produit de la santé !
Avec les professionnels, on ressent chez Jean Christophe Panas la même proximité. Il a eu de véritables jubilations intellectuelles, la rencontre avec des équipes, la formation des professionnels où après les séances on mange tous ensemble… Des moments collectifs intenses comme les séminaires pédagogiques avec l’équipe complète de l’IRTS, même si c’est dur, c’est du grand bonheur d’animer… La rencontre avec les équipes éducatives des centres éducatifs renforcés… Plus c’est un peu fort, costaud, plus j’apprécie.

Je n’avais pas le costume qui allait avec

Jean Christophe Panas se déplace dans les couloirs de l’IRTS, du pas tranquille du voyageur. Au gré des rencontres, il s’arrête pour discuter de choses et d’autres, de ce qu’il vient de découvrir, d’expérimenter… Il porte la cravate… aux motifs géométriques variés, sur une chemise à fines rayures. La cohabitation des motifs est téméraire ; les couleurs sont en harmonie. L’équilibre est subtil, avec néanmoins une légère touche borderline…
Un reste de sa jeunesse ?
Lorsqu’à 20 ans, éducateur non diplômé dans un foyer de l’ASE, révolté par la maltraitance institutionnelle et ne sachant pas comment faire, il passe les épreuves d’entrée à l’école d’éducateur d’Orléans. Une solution pour être armé. Jean Christophe Panas est recalé. Le Directeur de l’époque lui déconseille fermement d’exercer ce métier : "caractère agité, instable, factieux". Il avait probablement raison, et ça se soigne, mais on avait oublié de me le dire… Plus tard, par nécessité de m’apaiser, j’entame une analyse, je deviens pauvre pendant 12 ans… mais ça sert à tenir le coup et puis dans des périodes comme celle d’aujourd’hui, c’est inscrit en moi, ça ne se perd pas.
Après une très brève expérience dans le commerce des adoucisseurs d’eau - où il n’avait pas le costume qui allait avec - Jean Christophe Panas intègre un IMP, une équipe de gens brillants, qui m’ont sauvé… Il reprend des études, diplôme d’Etat d’éducateur spécialisé DSTS, DEA, CAFDES et une Thèse de Doctorat de plus de mille pages : Sociogenèse du système des internats spécialisés – Histoire administrative et récits d’acteurs. Cette thèse a le mérite de ne pas être publiée, interdite de diffusion au fichier des thèses… Je pense que c’était une mauvaise thèse. La réponse a le mérite d’être franche.

C’est ainsi, que dans une ambiance amicale et festive “à la Neuilly-sur-Marne”, que Jean Christophe Panas a souhaité fêter son départ à la retraite le 23 septembre 2011, en présence de ses collègues... qu’il rencontrera sans doute au gré d’un de ses projets.

N.B. Jean-Christophe Panas a quitté l’IRTS le 30 septembre 2011.

Portrait de Jean Christophe Panas - Photo de famille
Photo : Anne Bernard - Départ de Jean Christophe Panas - Septembre 2011


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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.

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