Le prix Unaforis du Festival Traces de vies de Clermont-Ferrand

Affiche du festival Traces de viesChaque année en novembre, Traces de Vies propose une semaine d’immersion dans un cinéma qui sait être singulier et multiple. L’inépuisable surprise de la diversité des formes filmiques, des écritures, des récits renouvelle l’identité et la richesse de chaque édition, Annie Chassagne, initiatrice et responsable artistique, introduit ainsi l’événement.
Cette 21e édition d’un festival qui est imposant par la qualité des films et la richesse des thèmes abordés – le 3ème festival documentaire au niveau national - relève le défi de créer, en Auvergne, une manifestation de cinéma documentaire pour des spectateurs de tous âges et de toutes origines sociales.
La démarche est cohérente, Traces de Vies est organisé par l’Institut de Travailleurs Sociaux de la Région Auvergne – ITSRA qui résulte de la fusion de trois écoles de formation de travailleurs sociaux : EPIRES, EPSI et l’UFTS.
Quel plaisir de voir les salles pleines à toute heure ; les jeunes y sont majoritaires, quoique cela dépend... Ils sont étudiants, pas exclusivement en travail social, lycéens accompagnés de leurs enseignants... Les échanges avec les réalisateurs sont passionnants, les questions ont de la fraîcheur.

En compétition neuf films qui observent, décrivent, provoquent la pensée, l’empathie et le questionnement…

Kinder (Enfants) - Prix Regard social UNAFORIS
Bettina BUTTNER
Marvin a dix ans et il est placé dans un foyer en Allemagne.
Bettina Buttner prend le parti de se mettre à sa hauteur et à celle des autres enfants en saisissant leur quotidien où s’entremêlent à la vie tumultueuse du groupe, des instants de grande solitude.
Les éducateurs les encadrent mais leur laissent également des espaces de liberté, en dehors de leur regard. Leurs jeux, déployés au cours de multiples séquences, sont présentés comme le réceptacle de la vie intime de chacun, laissant apparaître les troubles qui les habitent.
Tommy montre, avec délectation, sa fascination pour les armes de guerre, Marvin provoque sa sœur…
Puis la réalisatrice suit Marvin qui retourne vivre avec sa sœur chez leur mère.
Chacun tente de retrouver une place en se débattant avec, en toile de fond, un drame familial passé.
Un regard singulier sur cette enfance « en danger » qui ne se veut ni complaisant, ni explicatif, relevant des traces de traumatisme, tout en laissant la subjectivité des enfants s’exprimer librement. Le traitement noir et blanc des images nous introduit bien dans l’univers mental des enfants.
2011 - Vidéo - vostf - 65’ - P University of Arts and Design Karlsruhe

Mémoire blanche - Mention spéciale Regard social UNAFORIS
Maria REGGIANI
Une prédiction d’abandon à l’œuvre sur trois générations. Le pouvoir des mots dans le cœur battant de la vie familiale, touche le vif des émotions, la perception de l’avenir, bref le destin des êtres jeunes et fragiles. La réalisatrice vient auprès de sa mère recueillir le récit ténu de leur histoire commune, ce qui a motivé sa décision de se séparer de ses enfants et le placement brutal de ceux-ci.
Maria Reggiani annonce son intention de film par cette phrase de Marguerite Duras : « Le malheur de ma mère a tenu lieu de rêve dans mon enfance. » Le film est à la hauteur de cette référence littéraire et de son style.
La grave dépression de cette mère se marque surtout dans son corps, en revanche sa parole est précise, intacte et ses silences sont des réponses limpides. Quand sa fille lui demande : « Est-ce que tu sais encore marcher ? », alors qu’elle ne se lève plus, elle répond : « Oui, je crois que je sais », avec l’esquisse d’un sourire.
Des photos de familles et des extraits de chansons inscrivent la présence du père dans le film.
2011 - Vidéo - 40’ - P Senso Films

Au milieu du gué
Jean-Christian RIFF
La maison d’accueil se tient au milieu des vignes, en Drôme provençale. Sur les terres qui entourent la maison, des jeunes s’activent, nettoient, plantent. Lorsqu’ils s’arrêtent, on s’aperçoit que la pause n’est pas toujours un simple repos. La fatigue et le ras-le-bol se lisent sur les visages et les postures.
Ils arrivent dans cette maison, un centre post-cure, parce qu’ils sont aliénés à la consommation de drogue. Jeunes gens et jeunes femmes ont connu parfois très tôt, dès l’âge de douze ans pour l’une d’elles, une addiction importante. Ces produits ont parfois constitué une réponse, une façon de tenir à distance une envie de mourir, par exemple.
Un jeune homme résiste, au début tout lui insupporte, il parvient ensuite à se questionner, à se demander pourquoi cela est ainsi et surtout pourquoi il est comme ça. Une jeune femme fait la gueule tout le temps. Un jour un sourire, un rire, elle se rend compte que les émotions reviennent. L’indifférence recule.
Le chemin est long, le film patient, la rencontre a bien lieu à travers ces images proches et respectueuses.
2011 - Vidéo - 86’ - P Les films d’Ici

Des ombres dans la maison
Justine TRIET
Le visage de Gustavo, quinze ans, occupe l’écran. Appliqué mais contraint il répète, face à une interlocutrice qu’on ne voit pas « Je suis dévoué, je suis poli, je suis honnête (…), il faut que je sois plus responsable, il faut que je me contrôle plus. » À partir de ce qui semble une première entrevue, on lui demande de rejoindre le groupe des adolescents du centre, le dimanche à neuf heures…
À São Paulo, Gustavo et sa sœur vivent assez précairement avec une mère seule et démunie. Le juge a confi é le suivi de cette famille à l’Église Évangéliste.
La garde des enfants au domicile de la mère est suspendue à un rapport des travailleurs sociaux de l’Église.
On passe du tout petit logement familial où la mère et ses enfants se retrouvent aux locaux du centre où s’assène un discours étonnant… Gustavo, lui, s’échappe parfois de ces deux espaces pour retrouver la ville animée : une respiration solitaire ou bien parfois une complicité amicale. 2010 - Vidéo - vostf - 59’ - P Ecce Films

Bénies soient les corvées
Aline DEFORGE et Emmanuel PRESSELIN
« Friend » speaker de la radio communautaire de la vallée du Rio Grande nous apprend l’existence d’un foyer de sans-abri, tout proche. Signe sans doute que le mot communauté a un sens dans le film.
Un court travelling mène vers la petite ville d’Alamosa. Maisons en bois peintes modestes, terrains vides : une bourgade américaine rurale, peut être pas très florissante.
Des bénévoles récupèrent les invendus dans les supermarchés pour le « Home La Puente ». Ici, pas de financement public, un fonctionnement courant aux États-Unis. La directrice gère l’ensemble avec une équipe de volontaires pour un an. Les « hôtes » ont des trajectoires diverses, sortants de prison, anciens soldats, personnes en galère…
Bénies soient les corvées ! Chacun participe à tout, le ménage, le service, ce sont les « corvées ». Aucun caractère péjoratif dans cette expression. Au contraire, elles rythment, solidarisent le « vivre ensemble » à chaque moment et dans tout l’espace du foyer. Principal mode de traitement de la solitude et de la détresse, elles compensent en partie l’amateurisme des bénévoles ; elles donnent aussi liberté et responsabilité aux pensionnaires. Les cinéastes ont partagé les corvées. Une femme leur demande en rigolant s’ils ont bien pensé à filmer les montagnes. Cette petite communauté œuvre à la reconstruction de tous avec beaucoup de chaleur, et ce n’est pas le shérif d’Alomosa qui le démentira. 2011 - Vidéo - vostf - 62’ - P Autoproduction

Bakoroman
Simplice GANOU
« Tu me dis enfant de la rue, mais c’est la rue qui m’a mis au monde ? » Décidé, filmé devant un mur d’ocre rouge, l’un des protagonistes du film adresse sa colère à tous les gens qui les nomment « enfants de la rue ».
Un « bakoroman » est quelqu’un qui dort dehors et qui fait ce qui lui plaît. Les cinq garçons de la bande sont d’accord sur cette définition. En rupture avec leur famille, ils refusent cependant de se laisser réduire à la situation présente.
La déambulation qui les mène pendant tout le film, de la périphérie au centre de Ouagadougou, nous invite à marcher avec eux. La route est encombrée de camions, peu d’ombre, quelques personnes leur offrent de quoi se désaltérer, ils s’arrêtent et grillent un poulet saisi en route. Le groupe est une protection mais aussi un piège pas toujours évident. Heureusement ils voient leur avenir au singulier.
2011 - Vidéo - vostf - 62’ - PP L’atelier documentaire

L’envol des papillons
Maxime HUYGHE
Premières images, une jeune actrice vêtue d’une longue robe blanche, court, haletante, dans un paysage arboré. Un peu plus loin, un groupe d’acteurs répète un texte Gilles, cabaret poétique, écrit par un auteur contemporain de théâtre, David Bobeé. Les deux séquences pourraient résumer le chemin de la compagnie de l’Oiseau Mouche.
En 1978, se crée la première compagnie de théâtre permanente avec vingt-trois acteurs en situation de handicap. Au départ la troupe explore l’esthétique du théâtre de geste, l’expression du corps. Les artistes qui accompagnent les acteurs pensent qu’ils ne peuvent encore incarner la parole sur scène.
Ce blocage est dépassé, aujourd’hui ils jouent Beckett, Shakespeare, Pirandello et des auteurs très contemporains. Le film témoigne de l’identité de cette troupe, de sa magnifique évolution et permet de belles rencontres.
2011 - Vidéo - 64’- PP NAYRA/CRRAV

Le déménagement
Catherine RECHARD
Pour tout le monde, inquiétudes et espoirs de meilleures conditions de vie accompagnent souvent un déménagement. Ici, détenus et gardiens de la Maison d’arrêt de Rennes partagent exactement le même questionnement. Habitués à des locaux, certes insalubres, mais permettant beaucoup de proximité et d’échanges, ils s’interrogent à tour de rôle et ensemble sur ce qui les attend. Les anciennes cellules, étroites, ont une grande fenêtre sur la ville, les immeubles, les arbres, une place pleine de vie. Dans le futur établissement, aucune ouverture n’a de vue.
Certains voient une restriction de liberté accrue dans une architecture et des contraintes plus rigides, d’autres espèrent plus d’activité dans cet espace. La société commerciale qui gère le nouveau site ne perd pas de temps et distribue déjà des catalogues qui font miroiter des centaines de produits pour cantiner.
Le film montre un vrai partage de réflexion entre tous les protagonistes, face à ces nouvelles installations pénitentiaires.
2011 – Vidéo – 54’- P Candela Production

Le bateau en carton
José VIEIRA
Le bidonville est coincé dans une clairière entre deux bretelles d’autoroute.
Les toiles et les plastiques battent au vent. Pour ces « Étranges étrangers », cuisine et lessive en plein air, toilette à la bassine.
L’inquiétude grandit. On jette pêle-mêle dans des valises, des vêtements, des jouets. On roule dans des plastiques les couvertures. On case quelques instruments de cuisine et les outils indispensables. Les sacs de supermarché et les caddies récupérés servent à transporter le plus encombrant. La police est absente de l’écran mais bien présente dans les regards de ces enfants et de ces adultes jetés sur un coin de bitume. Au milieu des vibrations de la circulation, ils reprennent leurs gestes quotidiens de survie et réinstallent des tentes.
« C’est en passant sur l’autoroute que j’ai découvert cet étrange camp de réfugiés peuplé de Roms de Roumanie ». précise José Vieira, le réalisateur, enfant de l’émigration portugaise des Trente glorieuses. Empathie immédiate pour l’histoire dramatique de populations « obligées de tout quitter pour conjurer la pauvreté ».
Le campement se fait et se défait. Et José Vieira les accompagne, des bords de l’autoroute à la boue des terres agricoles occupées, en bordure de ville. Il les suit en Roumanie après leur expulsion et capte leur volonté de repartir.
Face caméra, il prend le temps d’écouter leur détresse de gens ballotés depuis des décennies.
Il fut un temps, c’est le grand père qui le leur a raconté où « on transportait les Tsiganes au bord de la Mer Noire, on construisait des bateaux en carton… ».
2011 - Vidéo - vostf - 80’ - P Zeugma Films

Le jury est composé d’étudiants et de professionnels du social :

  • Sophie Chiodelli, éducatrice spécialisée en milieu ouvert – ACTES à Nice
  • Pascal Citerne, éducateur spécialisé – CHRS ANEF à Clermont-Ferrand
  • Marie Christine Girod, responsable de la Biennale du film d’action sociale de l’IRTS Ile-de-France Montrouge Neuilly-sur-Marne
  • Fleur Henon, étudiante éducateur spécialisé - ITSRA
  • Cédric Huet, étudiant éducateur spécialisé - ITSRA

Photo : Marie Christine Girod - Affiche traces de vie - 2011

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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.

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