...Traces n°12

novembre 2009

EDITO

Jean-Christophe PANAS, Directeur général de l’IRTS

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Modernisation veut-elle pour autant dire progrès ?

« Paroles aux jeunes » fut un Forum passionnant. Dominique Versini, Défenseure des enfants a mis en place une grande consultation nationale visant à recueillir la parole des jeunes au sujet du respect de leurs droits. Cette consultation a permis d’écouter en direct 2 000 jeunes collégiens et lycéens et plusieurs centaines de jeunes par le biais d’un forum Internet. Ayant eu la chance de participer intégralement à l’ensemble de cette consultation, écouter, formaliser, analyser furent trois grands verbes d’action au service de cette jeunesse. À peine cette analyse achevée, nous apprenions la fusion de l’Autorité administrative indépendante de la Défenseure des Enfants dans une seule et unique Autorité administrative indépendante dédiée à la Défense des Droits. Cette fusion va dans la logique de la modernisation de l’appareil d’État. Dont acte. Modernisation veut-elle pour autant dire progrès ? Telle est la question que nous soumettons à cet édito…

Peut-être pour rappel quelques dates qui permettent de situer le projet politique reconnaissant comme urgent de séparer le monde des enfants du monde des adultes.
• 1882, l’école devient obligatoire.
• 1904, création d’un service unifié pour la protection de l’enfance
• 1909, création de classes annexes aux écoles pour les enfants en difficulté
• 1912, création des tribunaux pour enfants

Par ces lois, la société prend conscience que les enfants doivent être traités de façon différente des adultes. Ainsi, la société créée un droit à l’instruction pour que les enfants sortent notamment du champ du travail pour accéder à la culture et à la connaissance. Elle entend protéger plus spécifiquement les plus déshérités en mettant en place un service public de protection de l’enfance qui sort l’enfant des orphelinats religieux. Elle met en place une justice des mineurs qui sort l’enfant du bagne pour enfants ou de la colonie pénitentiaire.

• 1945, création de l’ordonnance de 45 qui impose une justice où l’éducatif doit prendre le pas sur le répressif.
• 1975 puis 1996, la société rappelle, par deux grandes lois, que les enfants handicapés ou souffrant d’exclusion ont le droit à une éducation et à une protection plus spécifique.
• 1986 / 1989, le champ de la protection des enfants est confié aux Départements.

Aujourd’hui l’image des jeunes est mauvaise. Les medias stigmatisent systématiquement tous les faits contribuant à montrer une jeunesse à la marge de la société, violente, délinquante, alcoolique, droguée…

Aujourd’hui, la volonté d’abaisser l’âge de l’excuse de minorité, la volonté de vouloir mettre les jeunes en prison de plus en plus tôt, la volonté de sortir du système scolaire plus tôt, autant de mesures qui fixent de plus en plus les lignes d’un projet de société qui demande à l’enfant d’être dans le standard éducatif au risque sinon de se voir traiter par une justice similaire à celle des adultes et de devoir s’inscrire dans le monde du travail beaucoup plus rapidement qu’elle ne le peut. Que dire de la volonté de supprimer purement et simplement les Départements qui ont justement pour mission de protéger les enfants ?

Le miroir social renvoie l’image de parents sans repères éducatifs précis, des enseignants sans capacité à discipliner leur classe, des juges pour enfants obligés de pénaliser l’éducation. De façon systématique, l’image des jeunes est identifiée à celle des adultes. Le projet de société s’axe de plus en plus sur l’abaissement des différences entre les classes d’âge. Les jeunes sont priés d’être à l’image des adultes.

Les jeunes disent ne pas être écoutés par les adultes. Les jeunes disent ne pas être pris en compte dès lors qu’il s’agit d’émettre un avis leur permettant d’exprimer leur vision d’enfant, leur vison d’adolescent. Les jeunes ne sont pas éduqués à participer. Les jeunes sont éduqués à consommer. Les jeunes sont pris dans un système de compétition scolaire où les valeurs de partage et de solidarité cèdent le pas à la course à la note, à la course aux meilleurs diplômes, aux meilleures universités, aux meilleures grandes écoles. Le projet de vie, le rêve d’un métier, même pour les plus doués, est renvoyé à cette course d’être le meilleur dans le meilleur endroit. C’est la société de l’enfant qui doit devenir roi.

La société des adultes dessine pour les enfants, dès leur plus jeune âge, leur propre choix de vie, trace les frontières du bien et du mal par des images irréalisables pour le plus grand nombre. Oui, la jeunesse souffre d’un manque d’écoute, oui la jeunesse souffre véritablement de ne pas pouvoir s’approprier son propre destin. La jeunesse souffre tant elle est priée d’être uniforme.

D’où vient cette peur de la différence des enfants ? D’où vient cette phobie de la jeunesse au point de la quadriller dans les banlieues par un projet de société identifiable à la qualité du faciès, par une volonté affichée de lui infliger un statut pénal à peine pubère ? Faut-il rappeler cette évidence que les enfants ne peuvent grandir qu’en se confrontant aux adultes. Les adultes doivent résister pour que la jeunesse puisse s’appuyer sur eux. Mais jamais, la santé des enfants n’a été autant compromise qu’en remettant en cause le droit à être jeune, le droit à être enfant. Résister ne veut pas dire oppresser.

La phobie de la jeunesse est telle qu’il est urgent de lui supprimer sa Grande Conscience ? En diluant la Défense du droit des enfants, du droit à être enfant, dans une Défense uniforme, la phobie du droit à être enfant, procède tout simplement d’un refoulement des enfants du monde des enfants.

Cette phobie de la jeunesse par la société des adultes est d’autant plus inquiétante qu’elle fait projet de société au plus haut niveau. En voulant une jeunesse sans conscience d’enfant accompagnée par les parents, sans trouble de la puberté porté par les adultes, sans rêve d’adolescent soutenu par le système éducatif, le projet d’une jeunesse uniforme n’est-il pas qu’un dessin à l’état d’esquisse ? Ce projet ferait-il réalité ?

La phobie de la jeunesse est mauvaise conseillère, très mauvaise conseillère. Elle constitue une régression dans le droit d’être enfant sans précédent. Supprimer d’un trait de plume une Autorité administrative indépendante chargée de défendre ce droit d’être entendu comme un enfant qui ne peut tout savoir, comme un enfant pubère qui grandit à son insu, comme un adolescent en recherche d’identité, c’est prendre tout simplement le risque de construire une société uniforme ou le droit à être enfant se clone avec le droit à être adulte.

Faut-il rappeler cette évidence : « On ne devient adulte que si l’on a pu vraiment être enfant ». La phobie de la jeunesse laisse lourdement entendre que si l’on n’a pas pu être enfant quand on était enfant, il n’est nulle raison d’interdire aux autres enfants de pouvoir l’être. Ne plus séparer cette Défense des droits des enfants, c’est probablement purement et simplement laisser agir cette phobie de la jeunesse. L’avenir nous le dira. Les professionnels de l’enfance sauront de toute manière se mobiliser en Grande conscience si le besoin s’en faisait sentir.      

Les médiations créatrices : vers un découvrir ensemble

Joël KEROUANTON, formateur à l’IRTS

Prélude

« Dès la fin du Moyen-Âge, apparaît un certain humanisme médical, sous l’influence vraisemblable de l’Orient et de la pensée arabe. Des îlots médicaux apparaissent dès le XIe siècle, à Fes. Au Caire lors du XIIIe siècle. Dans cet hôpital, on y pratique une sorte de cure d’âme dans laquelle interviennent la musique, la danse, les spectacles et l’audition de récits merveilleux…. Ce sont des médecins qui dirigent la cure et décident de l’interrompre quand ils l’estiment réussie » [1]

Greffe illusoire ?

Où sont les « îlots » du XXIe siècle ? Compagnie CECILIA - Esat culturel à La Ferté-sous-Jouarre… Compagnie de l’Autre Part - Esat Unap à Pontarlier… Compagnie Vertical Détour - Hôpital psychiatrique de Ville-Evrard à Neuilly-sur-Marne… La liste des expériences artistiques en milieu médical et médico-social, qui ferment ou risquent de fermer la porte faute de soutien public, n’est malheureusement pas exhaustive. En d’autres termes, la greffe avec le champ des arts et de la culture ne prend pas facilement en ce début du XXIe siècle. Le passage d’un monde à l’autre est illusoire. L’un est opaque pour l’autre. « Pratiquer un art, oui, mais en faire un enjeu économique dans le cadre d’un Esat, trop compliqué ! Et puis vous savez, l’art, de nos jours, pffffffff (…) » concluait un Directeur départemental de l’Action Sociale, soutenu de pied ferme par l’association gestionnaire, alors que se décidait le sort de l’Établissement et service d’aide par le travail Cecilia [2] dans lequel j’exerçais des fonctions d’éducateur spécialisé depuis une dizaine d’années.

L’histoire de cet établissement et de son territoire d’implantation provoqua des débats dans les medias généralistes et spécialisés. La Cie CECILIA, c’était un lieu atypique, qui tenta, pendant une décade, d’offrir aux personnes en situation de handicap une pluralité de parcours professionnels, permettant notamment l’accès aux métiers du spectacle : théâtre, musique, régie son et lumière. De nombreuses personnes accueillies - en situation de handicap intellectuel et psychique - ont tenté sans succès les chemins traditionnels. L’activité professionnelle par les arts du spectacle est l’alternative proposée, chemin de traverse pour aller voir du côté de sa sensibilité. Mais ce lieu atypique n’est plus que du côté du souvenir : il ferma le 31 août 2008, laissant une trentaine personnes sans perspective professionnelle et sociale, et une équipe médico-sociale à l’ANPE. Le projet innovant aura été accélérateur d’existence : le voilà créateur de désert.

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Sortir du clivage art / travail social

Après l’expérience à la Cie Cecilia, je trouvai « refuge » au sein de l’IRTS Île-de-France, avec lequel j’avais déjà quelques collaborations au compteur. Formateur en travail social, voilà donc une bien belle perspective, que j’embrassai avec la ferme conviction que les expériences de médiation créatrice en travail social rencontraient des résistances non pas auprès des acteurs culturels et artistiques (généralement ouverts à réinterroger l’art au contact de public), ni auprès de bénéficiaires des établissements et services sociaux (souvent demandeurs pour s’inscrire dans des territoires imaginaires et développer un rapport créatif au réel) mais auprès des professionnels du travail social eux-mêmes, qu’ils soient responsables d’institutions ou de services, acteurs de terrain novices ou expérimentés.
Quelles seraient ces résistances, sinon le rapport aux arts et à la culture des travailleurs sociaux, qui estimeraient, peut-être à juste titre, que ce champ ne leur appartiendrait pas, chercheraient à cliver le travail social et les arts, plutôt que de les mailler et de suivre par exemple, les propositions du Collectif Les théâtres de l’Autre : « Ainsi il a pu arriver que l’art propose une remise en question de la conception du soin ou du social, ainsi il a pu arriver que l’art propose une remise en question du politique, et ainsi il a pu arriver que certaines conceptions du soin ou du social remettent en question certaines conceptions de l’art ». [3]
Ces expériences artistiques en milieu médical et médico-social, pas aussi rares qu’on ne peut le penser [4], soulèvent l’inévitable question de l’autorisation, au sens symbolique du terme, de leur mise en œuvre : le professionnel en travail social, peu expérimenté dans le domaine des arts et de la culture, pas toujours au fait de la création contemporaine, ayant parfois le sentiment « d’idiotie culturelle » devant la complexité des œuvres, peut-il créer des foyers pour l’imagination des personnes qu’il accompagne ? En somme, que fait-il de sa responsabilité devant l’attente (pas toujours exprimée) des personnes en difficulté qui attendent parfois qu’on leur permette de faire œuvre ?

Le film Au bonheur de ces dames de Jan Lou Janeir, projeté en 2009 à la Biennale du film d’action sociale de Montrouge, montre que les médiations créatrices, quand elles sont utilisées avec intelligence et synergie, peuvent grandement participer à l’émancipation d’un public fragilisé. Ici, c’est une assistante de service social qui impulse l’enregistrement d’un CD de chansons écrites par des femmes en insertion, accompagnées par des auteurs et artistes expérimentés.
Aussi, il n’y a pas les éducateurs au sens large d’un côté et les assistants de service social ou conseiller en économie sociale familiale de l’autre, il n’y a pas les décideurs d’un côté et les acteurs de terrain de l’autre, comme il n’y a pas les professionnels du travail social d’un côté et les acteurs culturels et artistiques de l’autre.
L’ensemble des professionnels en travail social aurait pour mission d’agir auprès des publics en difficulté, d’accompagner ces personnes autour d’un projet de vie, dont l’art et culture feraient nécessairement partie, ni plus ni moins que le logement, la santé, l’éducation, le bien-être physique, affectif, moral.... La plupart des textes régissant l’action sociale en font d’ailleurs état, sans compter Jean Vilar [5] qui affirmait haut et fort que « l’ambition est de faire partager au plus grand nombre ce que l’on a cru devoir réserver jusqu’ici à une élite (…) l’art étant une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain et le vin, il se doit donc être un service public, tout comme le gaz, l’eau, l’électricité. »

Le faux problème de l’expertise

La culture, lieu du partage du sensible, lieu aussi du travail territorial, partenarial et de réseau : l’assistante de service social doit-elle être une experte en musique actuelle pour impulser l’enregistrement d’un CD avec les femmes inscrites dans un parcours d’insertion ? Ou l’éducateur de jeune enfant être un artiste confirmé pour organiser des expositions temporaires de plasticiens en contre partie d’explorations artistiques dans un lieu d’accueil de jeunes enfants accompagnés de leur famille ? Ou l’aide médico-psychologique d’un centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle être un cinéphile aguerri pour accompagner régulièrement les résidents au cinéma ? Ou l’éducateur en poste dans un centre d’hébergement et de réadaptation social être écrivain pour organiser la venue d’un auteur animant un atelier d’écriture auprès des personnes sans domicile fixe ? Ces professionnels en travail social, en même temps qu’ils sollicitent un territoire et des partenaires artistiques et culturels, en même temps qu’ils découvrent les multiples potentiels des personnes accompagnées, développent eux aussi leur sensibilité artistique tout en élargissant leur champ d’action.

Vers un « découvrir ensemble »

Je me souviens de Bénédicte [6], une jeune femme en situation de handicap inscrite dans un parcours professionnel de musicienne à la Cie Cecilia. Dans un écrit fictionnel, elle met en scène un fan de Claude François dans les années soixante. Par son texte et ses recherches, elle développe véritablement une passion autour de ce chanteur de variété, passion qui devient compétence à force de travail. Dans un premier temps étranger à son hobby, pour ne pas dire inintéressé, j’accompagne Bénédicte dans la construction de son récit. Sa culture, immanquablement différente de la mienne, se doit d’être valorisée, sous peine de passer pour un « colonisateur culturel », ou pire, un expert. Et que me dit Bénédicte ? Claude François, c’est ma culture, et cette culture m’aide à vivre.
Dans ce contexte, inutile de préciser que Bénédicte est indifférente aux fameux programmes « d’accès à LA culture », m’interpellant de fait sur la relation entre culture profane / culture savante. Au fil des mois, malgré une importante déficience intellectuelle et de multiples troubles associés, Bénédicte parvient à rédiger un récit plus qu’honorable. Un imaginaire, ça se construit. Son texte fait l’objet d’une socialisation dans l’établissement et dans son environnement familial. Quant à moi, je deviens incollable sur Claude François. Ce qui ne m’empêche pas d’inviter régulièrement Bénédicte à découvrir des artistes contemporains au centre Georges-Pompidou, artistes qui me sont aussi étrangers que Claude François, mais que je m’autorise à découvrir pleinement en compagnie de Bénédicte et des autres usagers. J’apprends alors à assumer pleinement mon idiotie culturelle, à partager comme jamais mon ignorance et à accepter de transformer mes repères, donc mon regard. Daniel Buren, Sophie Calle, DADA, Max Beckmann, Joseph Beuys et les autres artistes exposés dans ce lieu mythique n’ont qu’à bien se tenir.

De la nécessité, parfois, d’un passeur

Le domaine de l’histoire de l’art ne m’étant guère familier, je n’entre pas esseulé dans cette « aventure muséale » : un conférencier, formé à l’accompagnement de public spécifique, se fait un plaisir de nous guider, d’accompagner autant le regard de Bénédicte, de ses collègues que le mien, d’accompagner nos regards tout en travaillant le sien : il mouille aussi son maillot et se risque autant que nous nous risquons. L’œuvre est une sensibilité au monde, dit-il, et j’entends faire partager cela, la conjuguer à la mienne et à vous qui êtes là. Par des visites théâtralisées, poétisées, chantées (allant même jusqu’à insérer une chanson du fameux Claude François dans une des visites - Bénédicte était aux anges), ce passeur nous conduit à réagir, imaginer, et trouver notre place dans l’analyse des œuvres par l’émotion que chacun, sans exception, est en mesure d’éprouver.
En somme, l’art et la culture s’appréhendent en présence de l’usager et parfois d’un passeur, dans un « découvrir ensemble », le professionnel en travail social et le passeur considérant dès lors les références culturelles de l’usager sur le même plan que les leurs. L’éthique (comment devrons-nous vivre ensemble ? quels sont les principes communs qui rendent cette vie possible ?) est de fait convoquée par cette expérimentation, par le partage d’une histoire commune.
En s’associant, comme nous l’avons fait pour cette contribution, avec les personnes ressources de l’IRTS que sont Marie Christine Girod, Marie Haloux et Jean-Louis Vincendeau, nous poursuivrons, dans les numéros suivants de la revue Traces, tel de petits feuilletons, la réflexion sur les enjeux des médiations créatrices et les modalités de leur mise en œuvre. Nous évoquerons aussi l’évaluation de ces actions. In fine, nous tenterons d’esquisser des dispositifs pédagogiques pour inscrire de façon transversale les médiations et l’éveil culturel dans la formation des professionnels en travail social. À suivre...

Postlude

"Je m’appelle Catherine Springuel. J´ai 30 ans et j´habite en Belgique, avec mes parents. Ma mère est prof de français et mon père est retraité. J´ai deux frères et une sœur […]. J´ai aussi une tante au Canada qui a dix enfants. Moi, Catherine, j´aime beaucoup Michel Sardou, l´Internet et les spaghetti bolognaises. Je n´aime pas les épinards, les choux de Bruxelles et les gens qui crient fort. Plus tard je veux vivre en Belgique et devenir téléphoniste chez Theater Stap. Quand j´étais petite, j´ai été opérée du nez et une fois, je suis tombée dans les pommes dans un avion allant vers l´Amérique et mon visage s´est écrasé dans mon plat. Aujourd’hui je suis contente. Parfois je suis triste. Alors je me pose des questions et j’écoute La Maladie d’amour de Michel Sardou et alors je pleure. Alors je pense : “Et plus tard ? Qu´est-ce qu´il se passera avec maman ? Et papa ? Et moi ? Je serais toute seule avec moi-même”, je me dis. Et alors ça fait mal. Ici, dans mon cœur. Très mal. Mais alors je me dis : " Il y aura toujours des amis, il y aura toujours Michel Sardou et il y aura toujours des spaghetti bolognaise." [7]

     

Mutations sociales, renouvellement des pratiques en travail social
Les apports du Séminaire de réflexion et de prospective de la Fondation ITSRS

Anne PETIAU, Formatrice, chargée de recherches à l’IRTS

Les intentions qui ont présidé à l’organisation du séminaire étaient d’être à l’écoute des réflexions sur la société contemporaine, de s’interroger sur le renouvellement des pratiques en travail social que cela peut impliquer, ainsi que de contribuer au projet d’établissement de la Fondation.

En effet, sociologues, philosophes, psychiatres… soulignent l’irruption de phénomènes nouveaux, sur les plans des valeurs, des liens sociaux, des configurations psychologiques des individus. Cette réalité sociale, les travailleurs sociaux la vivent au jour le jour dans l’exercice de leur pratique professionnelle. Nous-mêmes proposons dans nos formations des outils théoriques visant à rendre plus intelligibles les situations concrètes. Or, face à ces mutations, sommes nous sûrs que les discours tenus pour et par les travailleurs sociaux gardent leur pertinence ? Comment prendre en compte ces évolutions dans le travail social et la formation ?

Le séminaire a abordé le changement des valeurs, les transformations de la famille et de la jeunesse, l’évolution des relations éducatives, l’état des liens communautaires, l’évolution des échanges et des solidarités. Au rythme d’une séance par mois, des intervenants sont venus apporter leur expertise et débattre.

Les interventions ont amené des réflexions sur les valeurs sociétales de référence, l’évolution des politiques sociales et des solidarités, l’évolution des problèmes sociaux et des profils de public, ou encore l’évolution des formes de militance. Il est difficile de rendre compte de chacune des interventions, mais les comptes rendus des séances sont parus dans les précédents numéros de Traces... On peut néanmoins dégager quelques thématiques, dont certaines sont transversales. En tirer des conclusions utiles à la formation et au projet d’établissement demande une réflexion collective, je m’en tiendrai donc simplement ici à proposer quelques uns des apports de ce séminaire.

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La crise de l’autorité et des interdits éducatifs. Les évolutions de la jeunesse

C’est une thématique qui renvoie à la fois à l’évolution des valeurs sociétales et à l’évolution des publics de l’action sociale et médico-sociale - les jeunes en l’occurrence - et de leurs difficultés.

La crise de l’autorité peut se réinscrire dans un contexte social plus large. En effet, pour Michel Maffesoli, elle résulte d’une crise plus générale des grandes institutions de la modernité et de la morale universelle. Elle s’inscrit donc dans le contexte contemporain d’un changement des grandes valeurs de référence. Autrement dit, il y aurait actuellement une adhésion moins forte aux institutions de la modernité (Etat, Ecole notamment) et parallèlement le développement de « morales alternatives » par les groupes sociaux, les jeunes notamment. Notons que cela n’est pas incompatible avec un climat de durcissement de la part des institutions -le climat autoritaire, répressif, tel qu’on peut le voir avec les nouvelles lois contre la délinquance, qu’on peut saisir comme une tentative de l’Etat pour réaffirmer son autorité.

Pour Paul Yonnet, la crise de l’autorité résulte du mouvement d’individualisation et de l’avènement de l’enfant désiré. Paul Yonnet a une perspective originale : il analyse les formes contemporaines de la famille, de la jeunesse et de la psychologie individuelle en les reliant aux grandes évolutions démographiques. Avec les progrès de la médecine et de l’hygiène, l’autorisation de l’avortement et les moyens de contraception, les couples peuvent n’avoir que des enfants désirés.

L’enfant est dorénavant l’enfant du désir d’enfant et non plus du désir sexuel. Ces transformations ont des conséquences sur l’infrastructure psychologique de l’individu, la formation du moi et la personnalité de l’enfant. Dans un contexte de recul de la mortalité infanto-juvénile, les enfants développent un sentiment d’immortalité. L’idéologie qui prévaut dans l’éducation est d’accompagner l’enfant dans l’autonomie, dans la réalisation de son être ; les parents tendent donc à ne pas s’opposer à leurs désirs.

C’est donc dans le contexte plus large de l’individualisation et de recul de la mort qu’il faut replacer l’affaiblissement de l’autorité éducative et les radicalisations des comportements des jeunes, qui interviennent d’autre part plus tôt dans l’enfance et plus tard après l’adolescence.

Les conséquences pour les jeunes

Ce précédent constat croise celui de Philippe Jeammet qui constate qu’il y a aujourd’hui une disqualification de l’éducatif au profit de la compassion. L’attitude des adultes face aux jeunes est celle de leur laisser une liberté, mais aussi celle de la compassion, de l’évitement de la souffrance face à un monde qui est perçu comme dur.

Il engage à voir qu’en véhiculant cette perception, les adultes laissent les jeunes face à l’idée que le monde n’est pas sûr. Ils provoquent ainsi une insécurité. La délégitimation de l’autorité aboutit à créer un environnement insécure, à laisser les jeunes dans le vide. L’enfant a en effet besoin d’un environnement fiable, il a besoin que les adultes lui permettent d’acquérir des capacités d’attente et de confiance envers le monde.
L’insécurité et le manque de références provoquent la dépendance des adolescents, c’est-à-dire une incapacité à être autonome. Or, la dépendance est un état difficile à supporter, d’où les comportements des adolescents qui, incapable d’être autonomes, ont besoin des autres mais vont aussitôt rompre les liens. Si l’adolescent est dans une insécurité, s’il n’accepte pas ce manque d’emprise, il peut se donner un rôle actif dans la destruction. Il est ainsi maître, fusse dans l’échec. Il ne trouve pas de plaisir, mais diminue l’angoisse en retrouvant un rôle actif.
Ainsi, aujourd’hui, ce qui pose problème n’est plus la répression des désirs, mais au contraire la délégitimation des interdits et de l’autorité. Lors du débat et des nombreuses réflexions sur les expériences professionnelles avec des adolescents, la nécessité de continuer à poser des cadres et à transmettre des valeurs dans la relation éducative est apparue essentielle.

Nous nous sommes aussi interrogés sur la question de savoir si, face à la crise de l’autorité, l’on pouvait envisager d’autres relations éducatives. Michel Maffesoli a rappelé que, dans d’autres sociétés, il existe un autre mode de socialisation et d’accompagnement des jeunes : l’initiation.

Jean-Pierre Klein a présenté l’art-thérapie, qu’il définit comme un « accompagnement à la symbolisation ». L’adolescent en souffrance se définit souvent par la négation, il ne parvient pas à se définir comme un « je », comme un sujet de désir. L’art-thérapie, travail de création accompagné, permet de faire accéder l’adolescent à la symbolisation, et donc à son expression en tant que sujet. Cela lui permet de passer de la violence agressive à la violence désirante, créatrice. En effet, la violence n’est pas condamnable en tant que telle, et chacun en est porteur. Il s’agit donc de chercher non pas à l’éradiquer, mais à passer d’une violence destructrice à une violence créatrice.

L’évolution des liens sociaux : liens communautaires, associatifs, citoyenneté

Etat des liens communautaires

Le second grand thème est l’état actuel des liens sociaux et communautaires. Alain Caillé signale que des intellectuels comme Baudrillard, Bauman ou encore Sloterdijk font le constat que dans la société contemporaine, quelque chose disparaît, se liquéfie. On peut parler d’une tendance au parcellitarisme. Les sociétés totalitaires voulaient fusionner les individus dans le grand tout de la totalité, qu’il s’agisse de la race ou de parti. Les sociétés parcellitaires veulent au contraire tout dissoudre dans les communautés, les savoirs experts, les individus. Dans la société contemporaine, le danger est cette puissance qui nous délie les uns des autres.

D’autres constats sont proches mais plus mesurés. Michel Maffesoli et Paul Yonnet constatent tous deux une recherche du communautaire, de la mise en réseau, mais font tous les deux le constat que ces appartenances sont plus souples que dans les liens communautaires traditionnels. Il s’agit de communautés plus électives, fondées sur le partage d’une proximité -proximité de lieu, proximité de la vie ordinaire ou proximité de goûts, d’affinités. Les appartenances sont donc plus souples, elles peuvent être en pointillé et se défaire ; ce qui est recherché est le partage d’une singularité et la recherche du désir de l’autre dans des réseaux sociaux (être désiré par d’autres) [8]

Le dynamisme associatif

Ce qui est relevé est donc un maintien des liens communautaires dans l’ordre de la culture, de la parenté, de la proximité, ou encore dans l’ordre du virtuel -communautés en ligne, sites de partage de contenus- ainsi qu’une tendance à la recherche de liens dans des réseaux sociaux. Le dynamisme associatif reste également fort aujourd’hui. Pour Alain Caillé, c’est une force contraire au mouvement de parcellitarisme qui est très importante car les associations constituent des corps intermédiaires et empêchent donc que ne s’instaure un face à face entre l’Etat et des individus isolés. Ce constat de la force de l’associatif a été fait par d’autres intervenants, notamment Jean-Louis Laville.

Mais ce qui semble s’affaiblir par contre est l’engagement politique, la citoyenneté politique. Ainsi, pour Rosanvallon, si la démocratie citoyenne progresse, la démocratie politique est elle en régression. Plusieurs intervenants constatent que le dynamisme associatif contemporain s’accompagne d’un mouvement de dépolitisation. Le monde associatif contemporain a été comparé aux mouvements militants des années 70, qui étaient plus politiques et porteurs d’alternatives sociales. Le cas de l’économie sociale et solidaire et des mutuelles a également été évoqué : c’est un secteur qui constitue une réserve de citoyenneté mais qui est confronté au mouvement actuel de démobilisation politique.

L’évolution des politiques sociales

La fondation des politiques sociales

Troisième grand thème abordé par Marc de Montalembert et Robert Castel qui ont tous deux retracé la construction historique des politiques sociales, depuis la première loi sur le travail des enfants en 1841, la prise de conscience d’une « question sociale » au XIXe siècle, la fondation du système assurantiel qui assure la couverture des risques sociaux -et avec lequel s’opère le passage de la responsabilité individuelle à la notion objective de risques- le déploiement de l’État Providence à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale, qui accompagne la constitution de la société salariale avec la mise en place de protections autour du travail et la socialisation des risques.

Robert Castel et Jacques Donzelot ont ensuite rappelé comment le modèle assurantiel et de protections sociales autour du travail a été remis en cause dans les années 70. Avec la crise économique, un nombre croissant de personnes ne peut plus être couvert, et le système assurantiel est confronté à un problème de financement.

Nous sortons du capitalisme industriel ; le nouveau régime du capitalisme est concurrentiel et casse les systèmes de protection collective, qui coûtent cher et freinent la recherche du profit financier.

On assiste à un retour de la condition de travailleur pauvre, à une dégradation de la situation de l’emploi avec le développement des formes précaires d’emploi, du temps partiel et de l’intermittence. Nous assistons ainsi à une remontée de la vulnérabilité sociale, avec l’affaiblissement voire la perte des protections collectives, le chômage de masse, le développement de la précarité. Un ensemble de facteurs bouscule également les systèmes sociaux européens, citons notamment l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail salarié, le vieillissement de la population, la globalisation économique et le redéploiement des activités vers les services et le technologique.

Une nouvelle insécurité sociale touche aussi bien les jeunes qui « galèrent », les personnes sans travail mais aussi celles qui travaillent. Il apparaît alors nécessaire de transformer les politiques sociales pour les adapter aux changements sociaux et aux nouveaux risques, tels que ceux liés à la flexibilité du travail.

Les évolutions actuelles de politiques sociales

Marc de Montalembert a abordé le tournant des politiques publiques vers les droits de l’homme. La dignité humaine devient la référence des politiques publiques. On assiste à une prolifération de textes qui se basent sur les droits des individus ou de catégories particulières : enfants, personnes handicapées... Cette évolution n’est pas favorable, car elle opère un glissement du registre politique vers celui de la victimisation et de la compassion. D’autre part, les droits de l’homme sont conçus comme des droits individuels. Ainsi, avec ce nouveau référentiel qui s’impose dans les politiques publiques, on assiste à un mouvement de dépolitisation et d’individualisation des droits sociaux, qui ne sont plus conçus comme des remparts collectifs.

Jacques Donzelot parle du passage de l’égalité des droits à l’égalité des chances et le tournant vers les politiques d’activation. Ceux-ci s’inscrivent plus largement dans le cadre d’un tournant néo-libéral. La doctrine néo-libérale défend l’idée que, dans un contexte de globalisation, le rôle de l’Etat ne peut plus être de corriger le marché, comme le font les politiques sociales qui introduisent des protections pour le travailleur. Le néo-libéralisme déplace la question des compensations et corrections du marché à la nécessité de faire entrer chacun dans le jeu de la concurrence. C’est ce que visent la lutte contre l’exclusion et pour l’égalité des chances.

L’activation du social est une politique d’encouragement au retour à l’emploi par un système de sanctions et de récompenses, pour lutter contre la dépendance à l’aide sociale. Venu des pays anglo-saxons (EU, GB), il tend aujourd’hui à se substituer aux politiques de compensation qui dominaient en France : allocation compensatrice en cas de chômage, de handicap.... Cela est lié à la diffusion de la définition anglo-saxonne de l’exclusion, qui met l’accent non sur le déficit d’assistance mais sur les freins à la vie active. L’instauration d’un système de sanctions et de récompenses vise à encourager le retour au travail. L’activation implique l’attente d’un investissement de la part de l’individu aidé. Avec ces politiques, on quitte donc le registre de l’universalité du droit. Ce modèle porte en lui l’idéal d’égalité des chances ; ces politiques visent à faire entrer chacun dans le jeu de la concurrence.
Il est donc nécessaire d’instituer un socle de droits de base, comprenant notamment le droit au logement. Le risque, dans ce type de mesure est que la contrepartie à l’utilité sociale ne permette pas de vivre dignement, comme c’est le cas pour le RSA.

Du côté anglo-saxon, les politiques d’activation s’accompagnent d’une réflexion sur les capacités micro-collectives à faire face aux risques : auto-organisation, assistance mutuelle au sein de communautés de lieux, ethniques... Tandis que le concept d’activation est introduit en France dans un contexte où le risque est ordinairement maîtrisé par sa socialisation au niveau étatique, comme on l’a vu en rappelant l’histoire de la fondation des politiques sociales. Il apparaît indispensable de s’interroger sur l’instauration de protections, qu’elles relèvent de la régulation étatique ou des ressources collectives, communautaires.

Action sociale et médico-sociale : la participation des publics

Action sociale et réciprocité

La dernière grande thématique est celle de la participation des populations dans l’action sociale et médico-sociale. Michel Bass a montré que les services sociaux et médicaux fonctionnent sur l’asymétrie et l’inégalité. L’estimation des besoins se fait de manière surplombante vis-à-vis des personnes. Ce sont en effet les professionnels qui évaluent les situations et estiment les besoins, en fonction des procédures et idées portées par leurs institutions. Les personnes ne sont pas ainsi reconnues capables de déterminer leurs propres besoins, sauf si ceux-ci rentrent dans le cadre de pensée et les procédures professionnelles. Par ailleurs, dans ce fonctionnement, rien ne permet à l’individu de sortir d’une appréciation individuelle de ses difficultés.

Au regard de l’action médico-sociale, la charte d’Ottawa (1986) définit la promotion de la santé comme « le processus qui confère aux individus et aux populations un plus grand contrôle sur leur propre santé ». Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour permettre aux personnes de prendre conscience de la nature collective de leurs besoins et de leur capacité à les résoudre collectivement ? Comment leur donner des moyens d’analyse et de capacité à influencer les décisions ? Comment passer de l’aide à la coopération ? Concrètement, cela peut passer par la mise en place d’espace-temps de concertation et de confrontation avec les personnes.
Il y a là une question de participation : co-construire l’action médico-sociale avec les personnes concernées et de réciprocité ; une question des supports collectifs ou communautaires : les « protections rapprochées » de Robert Castel. La santé communautaire vise aussi à permettre aux personnes de réfléchir collectivement à la formulation des problèmes et aux solutions à y apporter.

L’importance de la réciprocité dans l’action sociale a été soulignée par Alain Caillé, dans une réflexion sur la portée de cette théorie du don dans la réflexion sur le travail social. Comme le notait Marcel Mauss, don signifie cadeau mais aussi poison. Un don qui ne peut être rendu est un don qui tue. Le don non rendu rend inférieur celui qui le reçoit. La seule chose qui puisse aider les sujets est de leur permettre d’être en capacité de donner. Le travail social, l’aide aux personnes en difficulté, ne peut donc être qu’un don et doit instaurer un échange entre des personnes considérées comme telles. Cela apporte matière à réflexion sur des débats contemporains, comme celui sur l’instauration d’un revenu minimum inconditionnel.

Vers une conception forte de la solidarité ?

Enfin, on peut souligner que cette perspective du don, de la réciprocité, de la participation, porte une conception forte de la solidarité, telle qu’a pu la présenter Jean-Louis Laville.

Il rappelle que l’invention de la solidarité est antérieure à « l’invention du social » [9]. Avant que ne se mette en place l’Etat social et une conception de la solidarité comme redistribution, a existé une période d’associationnisme militant, émanant des ouvriers et de simples citoyens. Des mouvements associatifs se développent dans le prolongement de la Révolution française. Dans le cadre d’une vacance du pouvoir et d’une montée de la misère, des citoyens et des ouvriers réfléchissent et expérimentent des formes d’association, font parfois de la production en commun et organisent du secours mutuel. Ensuite, c’est donc une autre conception de la solidarité qui s’impose : elle prend la forme de la redistribution. Mais de l’associationnisme militant émergent les mutuelles, les coopératives et les syndicats.

Ce que pose ce mouvement associationniste, et que l’on retrouve dans l’économie sociale et solidaire, c’est que le travail peut être organisé dans un objectif de solidarité, que l’économie peut servir des buts extérieurs à elle : des buts sociaux, culturels, éthiques, de développement durable, etc. On retrouve aussi dans ces organisations le principe de réciprocité et de participation des usagers.

Les organisations de l’économie sociale et solidaire portent donc des modèles alternatifs à l’économie néo-classique - idée que les activités économiques peuvent porter d’autres finalités - ainsi que des modèles de réciprocité - participation des usagers. Ces questions sont aujourd’hui prises en compte dans le débat public. Cependant, les politiques publiques perdent souvent les objectifs de participation et de réciprocité au profit de l’objectif d’emploi. C’est ce que l’on voit aussi dans le domaine des services à la personne, où l’objectif d’insertion supplante souvent cet objectif de solidarité au sens fort du terme.

     

En lien avec... Un livre "Connaissance de la personne"

2Olivier HUET, Directeur adjoint à l’IRTS
Catherine ROULHAC, formatrice à l’IRTS
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La connaissance de la personne et de son développement psychologique est conçu pour les personnes qui se destinent aux métiers de l’accompagnement et des soins à domicile. L’enfant et l’adolescent, tout autant que l’adulte, et particulièrement le sujet âgé sont abordés par :
• un découpage théorique facilitant le compréhension de processus complexe de la naissance à la fin de vie
• une analyse plurielle menée selon différents angles : affectif, émotionnel, social et cognitif
• des références aux auteurs fondamentaux : Freud, Piaget, Wallon... pour leur contribution spécifique
Editions DUNOD



En lien avec... Un livre "Handicap et accompagnement"

2Henri-Jacques STIKER, Directeur de recherches à l’Université Paris VII, Denis Diderot
José PUIG, Directeur de l’association I=Mc2
Olivier HUET, Directeur adjoint à l’IRTS
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Qu’est-ce qu’accompagner une personne en situation de handicap ?
Question à la fois grosse d’évidences et lourde d’ambiguïtés, hantée et comme saturée par cette autre question : qu’est-ce que bien accompagner une personne en situation de handicap ?
Question plus éthique que technique.
Le bon accompagnement ne peut être que celui jugé tel par les intéressés, seuls légitimes pour finalement décider de ce qui peut ou non être appelé accompagnement.
Le bon accompagnement, n’est-il pas, au fond et simplement, l’accompagnement tout court ?
L’ouvrage explore le champ de l’accompagnement, propose des déclinaisons de ce que signifie « être compagnon » et pose la question de l’enseignement de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.
Editions DUNOD

[1] Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Éd. Gallimard, 1961..

[2] CECILIA : Centre d’Expression Culturel et d’Initiative Locale pour l’Intégration des Adultes

[3] Collectif Des théâtres de l’autre, collection « Les Mots en partage », Éd. ACORA, Paris, 2001, p. 130.

[4] Pour approfondir : Associations, Esat, Foyer de vie, IME, CHRS… Ils ont osé l’art, Lien social n°937-938 du 16 juillet 09 Horschamp de l’art, L’art en difficulté, Abris, chantiers et asiles de l’art, Collection Horschamp, Paris, mars 2007
Art et travail social, des pratiques artistiques et la question sociale, Le sociographe, n°6 et n°7, Montpellier, 2004

[5] Jean Vilar (1912-1971), acteur, metteur en scène, créateur du Festival d’Avignon et directeur du Théâtre national populaire au Palais de Chaillot.

[6] Le prénom a été changé.

[7] Sidi Larbi Cherkaoui, rencontres, Joël Kérouanton, ed. l’œil d’or, Paris, 2004, p 31. Texte issu du spectacle ook, chorégraphié par Sidi Larbi Cherkaoui et Nienke Reehorst, autour des rêves partagés des danseurs « autrement capables » et des chorégraphes. Ce récit fut dicté par Catherine Springuel, accompagné et mis en forme par une éducatrice spécialisée, avant d’être intégré au spectacle. Ook est porté par le Theater Stap, Foyer de vie et Esat artistique situé à Turnhout, près d’Anvers (Belgique).

[8] Deux explications très différentes, puisque pour Maffesoli cela découle d’une saturation de l’individualisme, et pour Yonnet c’est au contraire le dernier stade de l’individualisme avec le modèle du réseau social qui procure une « proximité éloignée », qui conjugue autonomie et lien social.

[9] Renvoyant ainsi à la thèse de J. Donzelot dans L’invention du social. Essai sur le déclin des passions politiques, Paris, Seuil, 1994.


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