Yvan Grimaldi, nouveau directeur à l’IRTS - 2015

Par Marie Christine Girod

Le lundi 4 mai 2015, Yvan Grimaldi a pris ses fonctions de directeur du site de Montrouge. Intéressé par la pédagogie des adultes – sans avoir fait sciences de l’éducation –, à 52 ans, il est titulaire d’un Master de recherche travail social, action sociale et société – Cnam Paris. Il a précédemment dirigé le pôle Insertion sociale et professionnelle à l’association Aurore à Paris. Une association appelée à l’origine “Société générale pour le patronage des libérés” des philanthropes du XIXe siècle. Yvan Grimaldi y a notamment créé en 2009 le Carré des biffins – un marché de rue de 300 vendeurs.

Il ne doit rien au blason losangé, bien que ses ancêtres italiens migrèrent en Corse et dans le sud de la France. Yvan Grimaldi est attentif à ce qu’il y a autour de lui. D’une voix posée, il prend le temps de dialoguer… le temps de minuscules pauses pour réfléchir… Il cite volontiers les personnes qui l’ont marqué et accompagné, qui ont cru en lui… bref il a de la reconnaissance… et puis ça s’emballe, le rythme s’accélère lorsqu’il s’agit de ses écrits professionnels, des concepts, de l’expertise professionnelle.

Protestantisme, marxisme, travail social
Un Bac de lettres classiques obtenu en 1980 dans un bon lycée public de Marseille. Ce qui a été important ce sont les cours de philosophie, alors que je n’étais pas spécialement bon en français, je me suis découvert à l’aise avec les concepts.
A 17 ans, un prof de philo marxiste, m’a ouvert les yeux par rapport à l’existence – ou la non existence – de Dieu.
Yvan Grimaldi se souvient du choc avec Feuerbach : “Dieu n’a pas crée l’homme à son image mais l’inverse”. Vu mon éducation relativement rigoureuse dans le protestantisme, la philosophie m’a permis de m’affranchir, d’entrer un peu dans le monde des adultes. C’est peut être aussi tout ça qui m’a amené vers les sciences humaines, et à m’engager plus tard dans le travail social.

Parler norvégien couramment ne semble pas très utile
Apres le Bac, une expérience initiatique formidable. Dans les années 80, je suis allé vivre 1 an en Scandinavie, dans une école norvégienne, une Folkehøyskole – on peut traduire par Université populaire. Ca relève d’un idéal de la société, d’une vision des adultes vis-à-vis de leurs enfants. Ils souhaitent qu’ils aient un temps de liberté et d’espaces d’apprentissage hors compétition – pas de notes, collégialité… – pour réfléchir à eux-mêmes. Ca a été un basculement dans un monde d’une pédagogie plus libre, plus démocratique… et puis une qualité des enseignements : l’artisanat, les débuts de l’informatique, les arts, le sport. Il y avait un slogan “La plus belle école c’est la vie, mais avec les Folkehøyskole le chemin est plus court.”
Sans Français autour de lui, Yvan Grimaldi apprend la langue en 1 an, à partir de l’anglais. Outre découvrir une société très différente… c’est réussir à s’exprimer au quotidien en norvégien, se perfectionner en anglais… qui ont été formidables. Il reconnait que le norvégien n’est pas très utile mais que parler l’anglais est un atout dans le secteur social.
Il aime les voyages, les politiques publiques européennes ont facilité les choses pour aller voir ailleurs. Ca fait du bien au travail social de réfléchir aux modèles des autres, ça relativise nos situations. L’Ukraine, l’Allemagne, la Croatie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, l’Italie, Yvan Grimaldi s’y est rendu pour des missions : préparation de missions humanitaires, acheminement de matériel, organisation d’échanges de jeunes en difficulté sociale, études et projets sur la formation, l’insertion des précaires…

Social et animation, pas facile
Je suis rentré dans le secteur social – en tant qu’animateur – à 20 ans, par le réseau protestant, dans un établissement difficile, un CHRS – la Cité de refuge de l’Armée du salut. Une construction de Le Corbusier en 1929, aux couleurs dures à vivre au quotidien pour les sans domicile fixe. C’est l’époque des grands dortoirs, de la violence… pas toujours visibles mais perceptibles. J’y suis resté 7 ans.
En 1991, il obtient le diplôme d’État relatif aux fonctions d’animation – DEFA – dans le cadre d’une convention INFAC-FNARS. L’INFAC – qui deviendra l’INFA – est un centre réputé – une émanation d’un organisme de l’éducation populaire, le Centre de Culture Ouvrière – dont le but était l’émancipation du monde ouvrier, tandis qu’aujourd’hui, l’INFA vise plus largement la promotion sociale des personnes par la formation professionnelle.
J’y ai été très heureux, je m’y suis réalisé, un passage à l’âge adulte par la formation. Les conditions de formation étaient exceptionnelles, en cours d’emploi pendant 4 ans, des groupes de 15 étudiants, un formateur principal particulièrement brillant, un passeur… ancien religieux avec une culture sur le sacré, les textes fondateurs des sciences humaines, un engagement sur la question des exclus… qui m’ont beaucoup marqué. C’est l’époque des courants de la formation très participative, de la pédagogie institutionnelle… Yvan Grimaldi expérimente les mécanismes de la formation, les rapports de force… cela m’a permis de mieux comprendre le métier auquel je me destinais.
C’était compliqué le DEFA, on parle à l’époque du diplôme impossible – 12% de réussite à l’examen – surtout que les animateurs étaient plus à la marge dans le secteur social, et puis c’était l’époque d’un militantisme qui commençait à péricliter, une animation plus consumérisme…

Des années de tâtonnement après le DEFA, comme probablement pas mal d’étudiants. Les ennuis commencent après le 1er diplôme, il faut chercher sa voie une fois rentré dans la communauté du métier. Yvan Grimaldi aurait pu préparer le CAFDES alors qu’il est chef de service d’un établissement pour adultes handicapés pendant presque 2 ans. Mais je n’avais pas trop envie, je n’étais pas très tourné à l’époque vers la gestion… et puis c’était un diplôme trop normatif pour moi à l’époque.

Le chemin de l’écriture
C’est un DSTS – remplacé par le DEIS – qu’il obtiendra en 2004 alors qu’il est responsable de formation à l’INFA – un retour aux sources. Une belle aventure de 7 ans dans un organisme qui m’est cher. Son mémoire a pour titre “Démarche qualité et identité professionnelle en conflit” [1]. C’est la conflictualité qui fait souvent la recherche dans et par l’action. La démarche qualité m’a parfois mis en clivage avec quelques idéaux de la formation pour adultes, au travers notamment de la standardisation et l’évaluation complexe des biens immatériels. J’ai observé dans plusieurs centres de formation, des faits parlant du lien entre l’impact de la démarche qualité avec l’identité professionnelle d’origine du formateur. Ce qui ne contredit en rien l’exigence de l’évaluation de la qualité en formation.

2004 et 2005, années très riches. Dans la foulée, un moment de pause volontaire, ça me donnera des ailes. Le mémoire du DSTS qu’il faut retravailler pour une publication chez l’Harmattan. J’étais heureux de pouvoir écrire pour les autres. Et l’entrée au Cnam, en Master 2 de recherche “Travail social, action sociale et société” et cela pour 3 ans… et mon arrivée à l’association Aurore.

En 2014, un ouvrage co-écrit avec Pascale Chouatra intitulé “De seconde main. Vendeurs de rue et travailleurs sociaux face à face dans la crise” paru aussi chez L’Harmattan.

Le plus marquant dans le parcours
Une évolution du métier – en tant que directeur du pôle insertion – j’ai vu les effets de la crise, du désengagement de certaines politiques d’État… la quête parfois impossible de l’argent, de fusionner des structures… Je suis très conscient de la dé-légitimation des professions canoniques du secteur social. C’est une époque très difficile, une injonction à la rentabilité… on risque de perdre le temps de l’observation de l’autre en souffrance, le temps de la relation – dans tout ce que cette relation d’aide a d’imprévisible, de profond, de complexe… Les débats actuels du secteur sont importants et légitimes en vue des réformes annoncées. Le but n’est pas de s’y opposer sur un mode passéiste, mais de préserver les identités et savoir-faire des métiers.

Diriger c’est…
En tant que directeur, j’ai toujours cherché des compromis entre 2 curseurs d’une équation : être un accompagnateur du personnel éducatif qui accompagne la souffrance ou les difficultés de l’autre… et puis les modalités d’organisation d’une structure avec le versant gestionnaire, comptable, rationnel, et qui sont aussi nécessaires.
Je me suis senti responsable de la carrière des travailleurs sociaux. Sans toujours avoir le temps d’approfondir les modalités d’accompagnement avec eux, j’étais là pour faciliter, donner les conditions d’exercice correctes. J’ai senti que la carrière des professionnels était un peu en danger ou maltraitée. Je pars d’une intuition simple, on ne peut pas à l’heure actuelle produire une qualité d’accompagnement performante des publics en difficultés si, nous les professionnels de l’intervention sociale, nous ne sommes pas dans une approche positive, lucide sur la carrière et avec des moyens dont on se dote pour faire face aux difficultés de l’exercice du métier.
Je me suis senti très responsable de la formation des salariés, de leur carrière, de leur travail. Une conviction : un directeur doit être bien-traitant envers les personnes qui peuvent être maltraitées par l’époque. J’entends par cela, le fait de faire preuve de bienveillance mais aussi de clarté et de cohérence, ce qui suppose aussi de l’exigence, pour soi même et pour les salariés dont on est le responsable.

N.B. Yvan Grimaldi a quitté l’IRTS le 30 septembre 2016.

Photos - ©Marie Christine Girod – IRTS 2015

[1] Yvan Grimaldi, Démarches qualité et identité professionnelle en conflit - Quand le management par la qualité s’impose à des formateurs en travail social, Paris, L’ Harmattan, 2005. Préface de Michel Chauvière.


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Association fondée en 1900 et déclarée le 26 juillet 1901, elle devient une Fondation reconnue d’utilité publique en 1978. En 1987, la Fondation ITSRS (Institut de travail social et de recherches sociales) est agréée en tant qu’Institut Régional du Travail Soial (IRTS). À partir de novembre 2001, l’ITSRS à Montrouge et l’ISIS à Neuilly-sur-Marne ont été réunis afin de former un seul IRTS sur deux sites regroupant au total près de 1700 étudiants.

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