Une journée de sensibilisation pour accompagner et soutenir les personnes victimes de violences intrafamiliales
A l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, l’IRTS Île-de-France et la ville de Gagny ont organisé une journée de sensibilisation le vendredi 21 novembre 2025 sur le site de l’IRTS à Neuilly-sur-Marne.
Cette initiative a rassemblé une soixantaine de participants : salariés et étudiants de l’IRTS, agents et professionnels de la ville de Gagny, ainsi que des travailleurs sociaux du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, d’hôpitaux, d’associations, …
Messages d’ouverture : La responsabilité collective
La matinée a débuté par le mot d’accueil d’Alain Lopez, Président de la Fondation ITSRS.
Rolin Cranoly, Maire de Gagny, a ensuite souligné l’engagement de sa ville pour l’accueil et le soutien des victimes, détaillant les actions mises en place pour déceler les personnes en souffrance et » déverrouiller la parole « . Il a rappelé l’importance de former et de sensibiliser les futurs travailleurs sociaux, insistant sur la responsabilité des élus et des personnes engagées. Sa conclusion a été un appel fort : » Réagir face à ces situations peut tout changer. «
Philippe Ropers, Directeur général de l’IRTS, a pris la parole pour rappeler la responsabilité collective (citoyens, travailleurs sociaux, etc.) d’accompagner, d’écouter et d’agir. Il a insisté sur l’enjeu majeur des établissements de formation : former, partager des réflexions avec des acteurs externes et faire vivre le territoire, justifiant ainsi l’importance du partenariat avec la Ville de Gagny.
L’approche historique et juridique des violences
Ernestine Ronai, ancienne Responsable de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis (2002-2025), est intervenue pour offrir une approche historique des violences faites aux femmes et intrafamiliales, avant de préciser la définition des violences au sein du couple.
Elle a conclu son exposé par les mots de Gisèle Halimi, avocate et grande figure féministe :
» Et je dis aux Femmes trois choses : votre indépendance économique est la clé de votre libération. Ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations qui attentent à votre dignité. Ne vous résignez jamais. «
Table ronde : regards croisés de professionnels
L’après-midi a débuté par la projection de Motus (2020) d’Elodie Wallace, un court-métrage de la sélection officielle du Festival du film social 2022. Le film dépeint la course d’Alice dans un hôpital, cherchant à « mettre enfin des mots sur ses maux » face à son agresseur mourant.
La projection a été suivie d’une table ronde animée par Catherine Roulhac, Directrice pédagogique de l’IRTS, visant à confronter les points de vue des intervenants de terrain auprès des victimes.
Sarah Bousry, intervenante sociale au Commissariat de Gagny depuis 2020, a décrit son rôle d’accompagnement des victimes avant, pendant et après la plainte. Elle a partagé les mots essentiels qu’elle adresse aux victimes : » Je te crois, je ne te juge pas, tu n’es pas seule » , soulignant son rôle d’interface entre la police, la justice et les travailleurs sociaux.
Mylène Quoniam et Céline Mercier, policières à la BLPF (Brigade locale de protection de la famille), ont exposé leur travail quotidien de lutte contre les violences dans la cellule familiale (femmes, mineurs, personnes âgées), y compris l’accueil, l’écoute et les interventions de sensibilisation en milieu scolaire.
Me Anne Sannier, Avocate en droit de la famille au Barreau de Paris, a détaillé le rôle déterminant de l’avocat dans ces affaires. Elle a particulièrement mis l’accent sur deux mécanismes fondamentaux qui piègent les victimes :
- l’emprise psychologique, qui rend le départ des victimes extrêmement difficile.
- le contrôle coercitif, un schéma de comportements visant à rendre la victime dépendante (cf. https://www.citoyens-justice.fr/violences-conjugales/les-mecanismes-de-la-violences-conjugales/le-controle-coercitif.html). À ce titre, elle a présenté les cinq arrêts majeurs du 31 janvier 2024 de la Cour d’appel de Poitiers qui ont consacré cette notion en matière de violences conjugales (cf. https://www.leclubdesjuristes.com/societe/consecration-de-la-notion-de-controle-coercitif-lorsque-la-cour-dappel-de-poitiers-anime-la-conversation-judiciaire-5222/).
Me Sannier a conclu en citant la Convention d’Istanbul de 2011 du Conseil de l’Europe, texte fondateur sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes (cf. https://www.coe.int/fr/web/istanbul-convention/about-the-convention).
Conclusion : Penser autrement et agir ensemble
En conclusion, Catherine Roulhac a mis en évidence les apports de cette journée : » Cette journée a donné du sens aux professionnels de demain et d’aujourd’hui. Elle a permis de penser autrement. Ensemble, on est plus forts et on va plus loin « . Elle a souligné que cet échange a démontré aux étudiants présents l’importance de l’écrit, du travail d’équipe et du partenariat dans les formations de travailleurs sociaux.
Retrouvez le témoignage de Sarah Bousry au cœur de l’accompagnement des victimes, et le point de vue de Catherine Roulhac, qui souligne l’importance de construire ensemble une réponse collective.